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Les Romans de L’ombre


Denys Videau

La piste africaine — Le Don Juan, trois-mâts négrier du Havre — Les coulisses · Géopolitique & réel


4 septembre 2026

Deux cartes : l’étendue du royaume du Dahomey au XIXe siècle, puis la route des esclaves d’Abomey à Ouidah, 131 km, par Toffo, Allada et Savi

Le Don Juan est un trois-mâts armé au Havre, affrété par un négociant armateur de la ville. Fin avril 1860, sous le commandement du capitaine Gallet, il met à la voile pour La Havane, où il décharge en juin une cargaison de briques et de voitures.

Après quelques négociations et une prime de 200 francs par marin, le navire repart avec ses vingt-six hommes d’équipage vers la côte d’Afrique, pour y faire la traite.

La côte des Esclaves

En novembre, il longe le golfe du Bénin. Des Portugais servent d’intermédiaires avec les rois locaux. L’expédition verse d’avance 140 000 francs en onces espagnoles, fait des vivres, puis tire des bords au large une quarantaine de jours avant de revenir chercher son chargement.

Ils étaient là, attachés par le cou, l’attendant. Huit cent cinquante esclaves, hommes, femmes et enfants furent chargés en deux heures.

La dysenterie en tue une grande partie pendant la traversée. Le 25 janvier 1861, le Don Juan jette l’ancre en vue du grand canal des Bahamas ; les captifs sont débarqués près d’une sucrerie. Il en reste six cent sept. L’équipage met ensuite le feu au navire, pour effacer les traces du trafic et faire jouer les assurances. L’affaire finit devant la cour d’assises de la Seine-Inférieure : baraterie de patron, incendie du navire, traite des Noirs.

La Maison de l’Armateur

Au Havre, la Maison de l’Armateur garde la mémoire de cette richesse. Martin-Pierre Foäche, négociant issu de la plus grande famille d’armateurs négriers de la ville, acquiert l’hôtel particulier en 1800 pour y installer ses bureaux et sa résidence d’hiver. Une pièce y est consacrée à l’histoire de la traite.

C’est en lisant le compte rendu du procès du Don Juan que Pierre Romier, dans La Piste africaine, sent tout vaciller autour de lui.