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Prochaine dédicace : samedi 12 décembre 2026 à 15 h — Fnac Parly 2

Les Romans de L’ombre


Denys Videau

La piste africaine — Un extrait du roman — Écriture


5 octobre 2026

Mais c’est en visitant la Maison de l’Armateur au Havre, que la jeune femme avait ressenti les plus grandes émotions. Edifice daté du XVIIIe siècle, et, musée emblématique de l’histoire havraise. Martin-Pierre Foäche, négociant, issu de la plus grande famille d’armateurs négriers de la ville, acquiert la maison en 1800. Il y installe ses bureaux et sa résidence d’hiver. Cet hôtel particulier met en évidence le luxe dans lequel vivaient les négociants qui vivaient du commerce triangulaire. S’il intègre une pièce consacrée à l’histoire de la traite négrière, seul lieu au Havre consacrée à cette ignominie, sa surface réduite consacrée à cette mémoire, est tout à fait insuffisante ! Ayo manqua de s’évanouir durant la visite, tant, semble-t-il le passé semblait remonter à la surface. Il s’en était suivi des discussions avec Pierre, à n’en plus finir, trouvant le repos au petit jour.

Le jeune homme tenta à nouveau de joindre sa dulcinée… de nouveau il eut son répondeur. Soit son portable était coupé, soit celui-ci n’avait plus de batterie. Que faire ? Il n’avait pas d’autres contacts à joindre. Ayo était maintenant loin, sur la route, mais toujours très présente dans ses pensées. Et pourtant, il se sentait seul, abandonné et ressassait ces moments de bonheur. Quelque chose d’indéfinissable le perturbait. Enfin, il retrouva le fil conducteur de ses pensées. Un nom, apparu une première fois lors de leur rencontre à Libreville, tandis qu’ils faisaient table commune dans ce restaurant sur la plage. Ce même nom, évoqué par Ayo, lors de leurs interminables mais passionnantes discussions, « Don Juan ». Il lui fallait en avoir le cœur net. Il jeta un coup d’œil à son portable, rien de nouveau, pas d’appel ni message. Il prit place à son bureau minuscule et ouvrit son ordinateur, puis rapidement lança une recherche, à propos de ce personnage de fiction qui apparut pour la première fois au 17e siècle dans une pièce de théâtre de Tirso de Molina. Tout y passa, même des groupes de musique de banlieue, mais rien en rapport avec sa recherche. Manquait le mot navire. Et cette fois, il fut scotché !

Il avait là, sur son écran, l’histoire de ce trois-mâts, armé au Havre, avec un compte-rendu de Cour d’Assises de la Seine-Inférieure, en date du 23 Aout 1860, concernant la Baraterie de Patron, l’Incendie du Navire et la Traite des Noirs. Le jeune homme lut avec une grande concentration, une partie de la vie de ce navire à voile, affrété par un négociant armateur havrais. Il apprit que le trois-mâts, commandé par le Capitaine Gallet, avait mis à la voile fin avril 1860, pour rejoindre La Havane courant juin et décharger sa cargaison de briques et de voitures. Après quelques négociations et des primes de 200 francs par marin, le navire appareilla fort de ses 26 membres d’équipage vers la côte d’Afrique pour y faire la traite. Arrivé courant novembre dans le Golfe du Bénin et longeant la côte des Esclaves, il entra en négociation avec des Portugais, qui servirent d’intermédiaires avec les rois locaux. Après avoir versé la somme de 140.000 francs en onces espagnoles, payant par avance les esclaves, le navire fit des vivres frais et mit en route, faisant des ronds dans l’eau, pour revenir quelques quarante jours plus tard. Ils étaient là, attachés par le cou, l’attendant. Huit cent cinquante esclaves, hommes, femmes et enfants furent chargés en deux heures, au moyen de grands bateaux, et placés dans un entrepont, finalisé au mouillage. Le trois-mâts, partit aussitôt pour Cuba. La dysenterie en tua une grande partie durant le voyage. Et puis, le 25 janvier 1861, le Don Juan était en vue du grand canal des Bahamas où il y jeta l’ancre. Les esclaves furent débarqués à proximité d’une sucrerie. Il en restait six cent sept !

Le compte-rendu revenait sur l’incendie allumé par l’équipage pour effacer toutes traces de ce trafic et faire jouer les assurances… mais déjà Pierre Romier avait éteint son PC. Il lui sembla que tout vacillait autour de lui, il avait la nausée, ressentait des douleurs thoraciques et fut pris d’une quinte de toux. Il manquait d’air, cela se manifesta par des difficultés respiratoires. Rapidement, il sortit sur sa terrasse et scrutant l’horizon, tenta de maîtriser ses émotions. Enfin, il se remit et de nouveau chercha son portable pour composer un numéro familier. Quelques sonneries, puis on décrocha :

— Allo ?

— Papa ? C’est Pierre… il faut que je te parle, rapidement. J’ai quelques questions à te poser !

Un extrait de La Piste africaine.